Poème collectif d’auteurs québécois pour Omar Khadr

La liberté ne devrait jamais se négocier
– Michel Tremblay
Et quand ton sourire inaliénable aura enfin ensoleillé la justice
alors nous serons devenus de meilleurs êtres humains
– Dominic Champagne
Avec l’espoir des matins
où le soleil
n’est pas seul à se lever
– Évelyne de la Chenelière
L’enfance et la vérité
nues
debout
fragiles
comme un grand amour impossible
te serrent encore le cœur
nous serrent encore le cœur
– Véronique Côté
Je vous dis la vérité, mais vous n’aimez pas la vérité,
tu as répondu à l’interrogateur canadien
venu violer tes droits constitutionnels à Guantánamo
Il ne t’a pas cru
Comme tant d’autres, il n’aimait que sa vérité
– Patricio Henriquez
Ils ont pris dix années de ta vie
Ce qui m’a le plus manqué,
as-tu dit à ton ami avocat,
c’est de ne pas aller à l’école…
et de ne pas avoir eu une amoureuse
– Luc Côté
Tu as entendu les chiens japper
Ton sourire a disparu
J’ai vu ta peur panique
D’enfant-soldat par milliers, d’enfant-prisonnier seul dans son trou
Et ça m’a fait mal d’être dans ta peau
Où te cacher, mon enfant ?
Les chiens jappent
– Abla Farhoud
Honte à ceux qui ont brisé ton enfance!
Honte à ceux qui enjôlent l’innocence!
Honte à mon pays qui a renié l’encre de ses lois!
Honte aux hommes tristes qui nous gouvernent et qui ne créent que l’effroi!
– Michel Marc Bouchard
Je veux que tu saches que je t’ai vu et entendu
mon frère-signal mon frère-faisceau
je ne suis pas dupe
dans ce pays-amok la justice a changé de camp
l’étau s’est refermé su’l bon sens
et c’est tombé sur toi
si aujourd’hui je t’empoigne l’épaule affectueusement
c’est que ta résilience nous honore nous ouvre des brèches
qui ne se refermeront plus
– Hugo Latulippe
Longtemps longtemps pour voir le ciel
À rêver de bicyclette
Contre les voleurs d’enfance
La candeur est une arme
pour désarmer
et l’espoir est un fruit
qui nourrit les affamés
– Jean Barbe
La prière comme refuge
Dans le recueillement
Tu t’es évadé
L’amour t’affranchit
Tu es libre
– Geneviève Rochette
L’avenir est à l’amour
enterrons les camisoles de forces
jamais plus de pyjamas féroces
leurs barreaux cèdent
sons d’ailes qui volent
quand ils touchent le sol
et les abeilles s’occupent des fleurs
Toi dans ta ruche libre
un ciel pinacle
– Jean-François Casabonne
Entends-tu, Omar, toutes nos voix montgolfières
hissées en symphonie pour faire renaître ton soleil
Ton heure de lumière est venue
Tu auras ton école et ton amoureuse
et la jeunesse, Omar
Tu auras la jeunesse longue pour oublier que mort-née fut l’enfance
– Monique Proulx
Un seul enfant en prison et la liberté est en deuil
Mais quand l’enfant
devenu grand
est enfin libéré
la vérité sourit
devant la justice qui sèche ses larmes
en brandissant la Magna Carta
La vérité et la justice
comme la liberté
ne devraient jamais se négocier
– Normand Baillargeon

 

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