Lettre d’Omar sur le boycott de la Commission militaire à Guantánamo

« Je prévois boycotter le processus.
J’ai mes raisons. »
— Omar, juillet 2010

Il explique ces raisons dans une déclaration manuscrite qui sera lue à la cour, et par la suite distribuée aux journalistes:

« Votre honneur, je boycotte cette commission militaire parce que : premièrement, elle est injuste et partiale. Je dis ceci parce qu’aucun des avocats que j’ai consultés, ni aucune organisation de défense des droits, ni personne d’autre n’a jamais affirmé que cette commission est impartiale ou qu’elle cherche la justice, mais au contraire tous affirment qu’elle est partiale et injuste, et qu’elle a été établie pour condamner les détenus et non pour trouver la vérité (ainsi, comment puis-je attendre la justice d’une procédure qui ne la détient pas ou qui ne l’offre pas) et pour accomplir des objectifs politiques et publics. Et ce que je veux dire, c’est que lorsqu’on m’a offert une sentence réduite (plea bargain), la peine aurait été de 30 ans, sur lesquelles j’aurais purgé 5 ans, alors j’ai demandé pourquoi 30 ans. On m’a répondu que le gouvernement américain ferait ainsi bonne figure aux yeux du public et face à d’autres causes politiques. Deuxièmement : les règles abusives qui rendent un homme si déprimé qu’il va être prêt à admettre des allégations sur lui-même ou accepter une offre qui va satisfaire le gouvernement américain et obtenir la sentence la plus petite possible et légitimer tout ce processus bidon. Par conséquent, je ne vais pas volontairement laisser le gouvernement américain m’utiliser pour atteindre ses buts. J’ai été utilisé bien des fois quand j’étais enfant, et c’est pour cela que je suis ici, à assumer le blâme et à payer pour des choses que je n’ai pas eu la chance de choisir, mais que mes aînés m’ont dit de faire. Finalement, je ne vais accepter aucune offre de sentence négociée, parce que cela acquitterait le gouvernement de m’avoir torturé et maltraité quand j’étais enfant. »

Omar nous parle | Sa lettre affirmant le boycott de la Commission militaire à Guantánamo
Omar nous parle | Sa lettre affirmant le boycott de la Commission militaire à Guantánamo

 

Parrish semble ne pas avoir compris la déclaration de Khadr, car il assume que l’objectif de Khadr est qu’il veut se défendre lui-même. Il demande : «Avez-vous déjà étudié le droit ? »

Khadr répond : « Ceci est une commission militaire. On n’a pas besoin d’étudier le droit. »

Parrish : « Quelle est votre éducation? »

Khadr : « Cinq ans de commissions militaires ».

Comme s’il suivait un scénario, Parrish demande : « Avez-vous déjà pris votre défense ou celle de quiconque dans ce type de procédures? Êtes-vous familiers avec les règlements sur la preuve ? »

Khadr répond : « Les règlements changent tout le temps, alors connaître les règlements n’a pas vraiment d’importance. »

Parrish : « Êtes-vous familier avec les règlements des commissions militaires? »

Khadr répond : « En général… Mes avocats sont aussi peu entraînés que moi-même. Personne n’a vraiment l’expérience de ces commissions militaires. »

En effet, les nouveaux règlements établissant le Military Commission Act (MCA) de 2009 sont apparus en fin d’après-midi le 26 avril, premier jour de l’audience préliminaire de Khadr.

Adoptant un ton paternel, Parrish émet l’opinion qu’une représentation légale valide doit être objective et que « se représenter soi-même » n’est jamais une bonne idée.

Khadr se montre résolu.

Parrish : « Alors, êtes-vous en train de dire que dans ce processus, une formation légale ne fait aucune différence? »

Khadr : « Oui ».

Le juge demande s’il y aurait une réaction de la part de l’accusation. Le procureur en chef, Jeff Groharing, qui a suivi le dossier Khadr depuis le début et a choisi de continuer même après son retour à la vie civile, exhorte le juge à se renseigner sur les « possibles affections physiques ou psychologiques » chez Khadr, et à poser des questions « pour clarifier ce que l’accusé considère injuste à propos du système ».

Parrish pose dûment la question à Khadr : « Souffrez-vous de toute affection mentale ou physique qui vous empêcherait de prendre ces décisions? »

Khadr : « Cet endroit n’est pas un hôtel cinq étoiles, alors je suis sûr que ça a un effet sur moi. Je ne sais pas. »

Dans un effort pour projeter un aura d’impartialité sur des motions encore indécises, Parrish tourne autour du pot sur la question de la torture.

« Après votre capture, vous avez subi un certain nombre de choses, et ceci pourrait affecter votre état mental. »

Peu après, le juge déclare une suspension afin de délibérer de l’enjeu de la représentation. Lors de la reprise de session, Parrish semble incertain sur la manière de naviguer dans cette relation déconcertante entre les droits d’un prévenu et l’incontournable désastre de relations publiques qui résulterait de la poursuite pour crimes de guerre d’un enfant soldat non représenté.

Espérant persuader Khadr de reconsidérer sa position, Parrish tente de souligner certains désavantages, comme : « Si je vous laisse vous défendre vous-même, vous n’aurez pas accès au matériel classifié secret. »

Khadr : « Je boycotte. »

Alors, Parrish tente de faire l’éloge du fervent dévouement des avocats qui ont travaillé sur le dossier de Khadr au fil des ans.

Khadr : « Je boycotte et je ne veux aucun avocat. »

Parish demande : « Est-ce que cela fait partie du boycott, de vous représenter vous-même et ne pas parler? »

Khadr : « Je ne sais pas. »

Parrish : « Si vous êtes présent aux audiences, est-ce que cela veut dire que vous continuez à boycotter? »

Khadr : « Je ne comprends pas. Je boycotte toute cette affaire. À quoi ça sert de me représenter moi-même? »

Parrish : « Alors vous ne voulez pas vous représenter vous-même? »

Khadr : « Je ne vois pas de raison. Je ne veux pas me représenter moi-même et je ne veux pas que personne me représente. Si j’étais dans une vraie cour de justice, je n’aurais pas à faire ça. Mais parce que je suis dans cette cour, je suis forcé de faire ça. »

Parrish : « Alors, je ne vais pas libérer Jackson. Il va rester votre conseiller d’office. »

Khadr : « Vous me l’imposez. Je ne veux pas qu’il me représente. »

Parrish semble convaincu que la question de la représentation est résolue.