La liberté est bien meilleure que je pensais

Le 7 mai 2015, quelques heures à peine après sa libération sous caution, Omar (28 ans) donne une conférence de presse en plein air à des journalistes canadiens et internationaux. Omar Khadr livre au public ses premières impressions sur la liberté après avoir été emprisonné à tort pendant 13 ans, depuis l’âge de 15 ans.

Omar : J’aimerais remercier la Cour pour m’avoir fait confiance et m’avoir libéré. J’aimerais remercier mes avocats Dennis et Nate et leurs familles pour… tout leur travail. Ils ont travaillé pendant si longtemps. Et j’aimerais remercier le public canadien de me faire confiance et me donner une chance. Cela pourrait prendre du temps, mais je vais leur prouver que je suis bien plus que ce qu’on a pensé de moi. Je vais leur prouver que je suis une bonne personne. Merci beaucoup.

Omar Khadr enfin libre
Omar Khadr enfin libre
Q : Omar, que souhaitez-vous que les Canadiens sachent de vous? Qu’est-ce qui est le plus important?
Omar : Juste qu’on me donne une chance, à moi en tant que personne, et qu’il y a une personne derrière le nom. Les gens pourront porter leur propre jugement après.
Q : Qui êtes-vous en tant que personne?
Omar : Je suis encore en train d’apprendre qui je suis; je suis toujours en croissance. J’ai confiance en l’apprentissage. Je n’ai pas eu une grande expérience de vie, et je suis enthousiaste à l’idée de commencer ma vie.
Q : Que souhaitez-vous faire, surtout?
Omar : C’est une question difficile – tout, et rien en particulier. Tout.
Q : Omar, que souhaitez-vous que le peuple américain sache à propos de vous ?
Omar : Je peux dire que je suis désolé pour la peine que j’ai pu causer aux familles des victimes, et… il n’y a rien que je peux changer au passé, mais j’espère que… je pourrai faire quelque chose pour l’avenir.
Q : Comment vous sentez-vous en ce moment, Omar?
Omar : Je suis encore un peu sous le choc. Je suis heureux mais je pense que je vais m’effondrer un moment donné. Mais je suis encore en contrôle.
Q : Omar, depuis votre libération,qu’est-ce qui vous a surpris le plus dans le monde d’aujourd’hui?
Omar : Rien jusqu’à présent. Ce qui me surprend vraiment, c’est que la liberté est bien meilleure que je pensais. Et le public canadien s’est montré jusqu’ici bien meilleur que je l’anticipais.
Q : Pouvez-vous nous dire ce que vous avez fait cet après-midi?
Omar : Nous sommes allés dîner, puis il a fallu retourner à la Cour pour signer des papiers. Et j’ai été surpris devant certains des officiers : ils ont vraiment été attentionnés, et m’ont offert des rafraîchissements, vu qu’on a dû attendre un bon moment. Tout le monde s’est montré très gentil.
Q : Que comptez-vous faire de votre vie?
Omar : Compléter mon éducation. J’ai tant de choses à apprendre. Même les pratiques de base… Alors il faut prendre ça un jour à la fois, y aller doucement.
Q : Parlez-vous français?
Omar : Non, malheureusement pas.
Q : Que pensez-vous de cette charmante banlieue de l’ouest?
Omar : C’est très joli, je dois dire. Vraiment très bien.
Q : Avez-vous quelque chose à dire à M. Harper?
Omar : Eh bien, je vais être obligé de le décevoir. Je suis une meilleure personne que ce qu’il croit.

Dennis Edney (son avocat) : Il y a ici quelques-uns de nos voisins, pour vous souhaiter la bienvenue.

Omar : Merci beaucoup de m’accueillir ici, et j’ai bien hâte de mieux vous connaître.

Q : Physiquement, comment vous portez-vous?
Omar : Plutôt bien. J’ai quelques problèmes, mais ça va plutôt bien.
Q : Rien qui pourrait vous empêcher de faire le genre de travail que vous aimeriez?
Omar : Non, pas vraiment.
Q : Que pensez-vous de la controverse que vous suscitez au Canada?
Omar : Je ne peux rien changer à cela. Tout ce que je peux faire, c’est travailler sur moi-même. C’est vraiment tout ce que je peux faire.
Q : Est-ce que vous réalisez que vous êtes maintenant libre ?
Omar : Oui je le réalise, mais je ne le sens pas encore complètement.
Q : Pouvez-vous affirmer catégoriquement que vous dénoncez la violence maintenant, Omar?
Omar : Oui, oui je le peux.
Q : Pas une seule chose?
Omar : Ce n’est pas une chose en laquelle je crois (maintenant). Je veux recommencer, prendre un nouveau départ. Il y a trop de bonnes choses dans la vie que je veux découvrir.
Q : Avez-vous des aspirations professionnelles? Dans le futur…
Omar : Quelque chose dans les soins de santé. Je crois qu’il faut être capable d’éprouver de l’empathie face aux gens qui souffrent et ça je sais le faire. J’ai éprouvé la douleur, alors je pense que je peux être proche des gens qui traversent ce genre d’épreuve. Et je pense… j’espère pouvoir faire quelque chose du côté des soins de santé.
Q : Omar, il y a bien des Canadiens qui sont au courant pour votre père. Que pensez-vous maintenant de votre père, après ce qui vous est arrivé?
Omar : Il y a bien des questions que j’aimerais poser à mon père. Je ne peux pas changer le passé, tout ce que je peux faire c’est travailler sur le présent et sur l’avenir.
Q : Que voudriez-vous lui demander?
Omar : Oh… tout? Sur toutes ces décisions qu’il a prises, la raison pour laquelle il nous a ramenés là-bas, tout un tas de questions sur ses raisonnements derrière tout ça – et ses choix de vie.
Q : Et ce ne sont pas les choix de vie que vous voulez faire dans le futur?
Omar : Non.
Q : Que diriez-vous à quelqu’un qui envisage l’extrémisme et qui se tourne vers vous, comme une jeune personne?
Omar : Ce que j’aimerais dire à tout le monde, c’est de voir à s’éduquer. Ne vous laissez pas contrôler par les émotions. L’éducation est très importante, J’ai constaté que bien des gens sont manipulés du fait de leur manque d’éducation, alors l’éducation est très importante.
Q : Allez-vous intervenir sur les médias sociaux? Allez-vous vous impliquer de ce côté-là?
Omar : Sur un plan personnel seulement… peut-être.
Q : Que pouvez-vous dire sur Dennis Edney, qui a été pendant longtemps votre avocat bénévole?
Omar : C’est un homme étonnant. J’ai tant reçu de lui… tout ce travail pendant les onze dernières années? Je suis surpris qu’il ne soit pas encore lassé de moi.
Q : Quels sont vos projets pour ce soir?
Patricia Edney : Un souper. Nous aurons de l’agneau. On a un bon souper et des amis ont aussi apporté des pâtisseries pour toi.

Dennis Edney : Il y en a même qui ont apporté des fleurs.

Patricia Edney : Oui, des fleurs. Je suis ravie, absolument ravie. J’attends ce moment depuis si longtemps.

Q : Un dernier mot pour le public canadien?
Omar : Je veux juste leur dire merci. Et leur demander, simplement, de me donner une chance. Et ils seront surpris. Merci beaucoup. Désolé de vous avoir fait attendre aussi longtemps. Bonsoir à tous.

Video : Omar Khadr speaks to media

Published on May 7, 2015
CBC News – Disponible en anglais seulement

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